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Bérytus ou De Metropli Beryto Beyrouth racontée par un jurisconsulte allemand du XVIIe siècle


Lorsque Johann Strauch, jurisconsulte allemand de renom, rédigeait, en 1662, sa thèse de doctorat sur Béryte et sa fameuse Ecole de droit, il était probablement loin de se douter que, quatre siècles plus tard, deux Libanais, Mireille Issa et Joy Tabet, se pencheraient sur son écrit et le traduirait pour le présenter au grand public. C’est que les poussières sur des œuvres importantes pour la connais sance, notamment celle de notre patrie, ne devraient pas faire long feu. Surtout lorsqu’elles tombent dans les mains de passionnés d’Histoire et de latin, qui portent les gants minutieux des inépuisables chercheurs. Joy Tabet, avocat à la cour, docteur et professeur en Droit, raconte avec un enthousiasme non contenu, que c’est au cours de ses recherches sur l’Ecole de droit de Béryte, dans l’Encyclopédie universelle historique des temps anciens, qu’il tombe sur la référence de Strauch. La «note» s’avère en fait être une thèse. Il découvre alors qu’il s’agit d’un grand jurisconsulte et humaniste allemand de son temps, qui avait écrit un livre sur la célèbre ville phénicienne. Dans le cadre de Beyrouth, capitale du livre, tout est entrepris pour obtenir le CD du texte en latin. Pari réussi. Il reste à traduire le texte, rédigé en latin, pour en extirper les précieuses informations. C’est là qu’entre celle sans qui le livre n’aurait pu voir le jour, Mireille Issa, docteure en Littérature médiévale de la Sorbonne et professeure de langue et de littérature latine à l’Université Saint-Joseph (USJ) et l’Université Saint-Esprit de Kaslik (Usek). L’enthousiasme est grand pour cette passionnée de latin et d’histoire qui se charge volontairement de la traduction du texte, aussitôt adoptée par la maison d’édition Dar anNahar ainsi que le ministère de la Culture. Le travail de traduction portera sur un condensé de 58 pages. Il cite les références de plus de 200 auteurs qui ont tous en commun de s’être penchés sur la ville de Beyrouth. Joy Tabet insiste sur la pluralité des références qui sousten dent une richesse insoupçonnée sur la quantité de littérature écrite sur Béryte et à laquelle nous n’avons pas encore accès. «On découvre avec surprise et émerveillement plus de 200 auteurs référés par Strauch comme ayant étudié un aspect ou un autre de la Beyrouth antique. C’est dire, moi qui n’en connais pas la moitié, combien il reste à découvrir…», déclaretil. Beaucoup reste encore à découvrir sur Beyrouth. Ce qui a conduit Mirelle Issa à qualifier leur parcours de modeste, compte tenu de l’immense travail qu’il reste à faire pour sortir les squelettes cachés du tombeau du savoir. Bérytus de Johann Strauch est le premier volet d’une trilogie sur la ville de Béryte. Sur un si bon chemin, Mireille Issa et Joy Tabet souhaitent poursuivre l’aventure. Après Bérytus, c’est le livre allemand Jacobus Haseus, un plus grand volume, qui devra être présenté. «L’aperçu sur Béryte sera plus vaste avec un arsenal de références et de citations», rapporte Joy Tabet. Enfin, le dernier volume est en cours de préparation. Ce sera l’œuvre d’un français, Jean Bertrand. Respectant l’évo lution vers des volumes de plus en plus vastes, elle devrait être le plus gros chantier des trois. Selon Joy Tabet, les trois auteurs de la trilogie ont en commun d’être des humanistes dotés d’une excellente formation en antiquité. Les connaissances mobilisées sont inouïes et d’une richesse complexe. «Notre tentative est modeste, car il est tant de choses à dire sur la Béryte de l’antiquité. Nous espérons ouvrir la voie à ceux qui s’intéresseront à cette époque phare de l’histoire phénicienne, et nous les espérons nombreux», poursuit Tabet. Bérytus nous éclaire en cinq chapitres, sur la ville de Béryte, la Beyrouth de la superbe Phénicie et du quotidien de ses Bérytains. On y apprend l’origine étymologique du mot Béryte, le miracle opéré par la figurine de Jésus, l’évoca tion des significatives dates de Nicolas, l’importance du lin et des divertissements à l’instar des cirques mais aussi du théâtre de Béryte et autres nombreuses festivités qui s’y déroulaient et qui permettent de dire que la ville rayonnait de tous ses feux. Une partie importante est consacrée à la prestigieuse école de Droit de Béryte qui attirait de nom breux étudiants étrangers. La thèse se termine sur le célèbre tremblement de terre qui annonce la chute de Béryte. Mais ce n’est pas un séisme qui empêchera Beyrouth de se ressusciter. Sur ce point, les générations futures devraient parler de notre Histoire contemporaine, car après tout, on appartient à l’Histoire, un jour ou l’autre.
Date: 30/03/2010
Auteur: M.S.
Journal: L'Hebdo Magazine
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