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Entre Beyrouth et Paris, l’histoire d’une maison jaune


C'est au café el-Falamanki, au pied de la Maison jaune, qui deviendra en 2013 le Musée de l'histoire de la ville, sous un ciel timide qui hésitait entre la pluie et le beau temps, que se sont installés l'écrivain français Jacques Jouet et l'illustratrice libanaise Zeina Abirached pour la seconde journée afin de réaliser en direct les épisodes illustrés de leur roman.
Cet événement littéraire, qui a eu lieu avec le soutien de l'ambassade de France, s'inscrivait dans une opération plus large, aux multiples objectifs: participer, d'une part, à la clôture - en beauté et en toutes «lettres» - des manifestations de «Beyrouth, capitale mondiale du livre» et, de l'autre, donner le coup d'envoi au réaménagement de cette Maison jaune, sujet central du livre.


C'est donc en présence des représentants respectifs des villes de Paris et de Beyrouth, Bertrand Delanoë et Abdel Mounem Ariss, que se sont faites la présentation publique de réaménagement ainsi que la retransmission sur grand écran de l'écriture de la Maison jaune.
«J'ai l'impression de revenir à la maison, a déclaré Bertrand Delanoë. Beyrouth n'est pas seulement la capitale mondiale du livre, mais aussi une de nos capitales du cœur, car les Libanais ont une certaine relation particulière et touchante à la vie. Ce sont des artistes de la vie et je suis ravi de partager ce moment important de la culture avec le peuple libanais.» «Ce projet littéraire, a-t-il ajouté, qui avait eu lieu à Paris avec Jacques Jouet l'an dernier, est réalisé une fois encore en compagnie de la jeune bédéiste libanaise Zeina Abirached, une manière de tendre une passerelle entre nos deux pays qui ont en commun le goût de la paix, de la liberté, de l'échange et de la générosité.»
Un trait d'union que réalise également Agatha de Wintheuil, devenue à l'occasion Agathe de Beyrouth, vice-présidente du gouvernement du Monde-mondes et caractère principal de l'œuvre de Jouet. En débarquant à Beyrouth, elle ne sait pas que ses aventures vont commencer au perron de cette Maison jaune. L'écrivain avoue être ravi de collaborer avec l'illustratrice libanaise, actuellement installée à Paris. «Son univers m'intéresse. C'est d'ailleurs là-bas que j'ai été faire mon propre marché, ajoute-t-il en rigolant, en lui empruntant ses personnages.»
Une écriture certes en direct, mais une collaboration qui a débuté en décembre dernier lorsque Jacques Jouet, écrivain membre de l'Oulipo, arrive au Liban pour un court séjour. «C'est cette balade qui a nourri notre inspiration. Durant ces quelques jours, nous arpentions les rues de Beyrouth en évoquant l'histoire de ma ville natale, ses effluves et arômes ainsi que sa culture culinaire. Aujourd'hui, je suis amusée de voir que tout cela a ressurgi dans les textes de Jouet.»
Une écriture et des illustrations en direct, n'est-ce pas un exercice difficile qui suppose un certain trac? Si pour Zeina Abirached, la rigueur et la rapidité de Jouet lui ont imposé une discipline nouvelle - «Je n'ai jamais dessiné à ce rythme là, signale-t-elle, d'ailleurs j'attends toujours un élément accrocheur du texte pour me lancer.» - l'écrivain, quant à lui, qui considère que ce n'est nullement un exercice, mais une œuvre à part entière, trouve que «si le défi est à la fois ludique et angoissant, on apprend quand même à surmonter la peur de la page blanche».
En textes, mais aussi en noir et blanc, avec des incursions de couleurs, les aventures d'Agathe la terrienne sont terminées. La promenade littéraire illustrée de Jouet et d'Abirached, mi-sérieuse, mi-ludique (car pour moi il n'y a pas de frontières entre la comédie et la tragédie, dit l'auteur oulipien), prend également fin. Il ne restera qu'à publier ce roman. Présentée et retransmise sur grand écran au public qui a assisté à la naissance d'une œuvre, l'histoire trouvera un éditeur et sera cette fois sur papier.

Date: 09/04/2010
Auteur: Colette KHALAF
Journal: L'orient Le Jour
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