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L’inlassable Mroué et la gauche agonisante


« Il faut regarder avec l'œil de la Raison qui pénètre la superficie des choses et transperce l'apparence bariolée des événements. »
 
Friedrich Hegel

Dans le cadre de la manifestation « Beyrouth, capitale du livre », une nouvelle œuvre de Karim Mroué a été présentée au palais de l'Unesco, sous l'égide du ministère de la Culture. Ce livre, intitulé Vers une nouvelle renaissance de la gauche dans le monde arabe, fut précédé par une série de livres et d'articles qui reflètent l'évolution de la pensée de l'auteur. Mroué, membre d'une famille chiite connue pour sa piété, n'a pas accompli le souhait d'un père tolérant de devenir dignitaire religieux  comme plusieurs de ses proches. Il est devenu plutôt un militant et bientôt dirigeant majeur du Parti communiste libanais. Il en a parlé dans Karim Mroué : Un demi-siècle d'utopie, mémoires d'un dirigeant de la gauche libanaise.
Deux autres livres parus l'année dernière semblent avoir constitué une introduction à l'ouvrage. Il s'agit de À la recherche du futur et  Les quatre grands communistes  de l'histoire moderne du Liban.
L'auteur revoit sa longue expérience de dirigeant communiste libanais pour reconsidérer sa traversée avec le regard critique du présent, tout en  scrutant l'horizon, à la recherche d'un chemin qui  pourrait mener à une sortie de cette impasse où s'est  retrouvée « la gauche », toutes couleurs confondues.
Le défi que se pose Mroué est encore plus grand. Il a consacré plus d'une cinquantaine d'années de sa vie, dont la plus grande partie en tant que dirigeant, à un mouvement dont l'échec a menacé les valeurs mêmes qu'il prétendait défendre : justice sociale, socialisme, émancipation des opprimés, etc.
Cette approche a soulevé et soulèvera encore diverses réactions. Une partie de ses anciens compagnons de lutte n'approuve guère cette sorte de rejet. D'autres considèrent que la défaite ne concerne que les pays de l'Est et leurs alliés.  Les adeptes dévots  de l'anti-impérialisme trouvent des gènes chez quiconque s'opposant à la diabolique globalisation, quoique ce soit la raison réelle de cette  résistance. Mais aussi il y a ceux qui se demandent si Mroué, après le fiasco du projet auquel il a consacré sa vie, peut avancer des propositions valables et viables pour une gauche moderne. Même la raison d'être d'une gauche est sujet de contestations pour certains.
Il est en tout cas évident que Mroué cherche à contribuer aux débats et même aux efforts de reformuler et, éventuellement, de relancer un courant de gauche plus adapté aux exigences contemporaines. Une conception libérée de tout dogmatisme, où la révolution se substitue à l'évolution, créant par conséquences des hybrides méconnaissables qui nuisent au progrès, la force motrice de l'histoire de l'humanité.
Une telle contribution, ainsi que toute autre avec des intentions similaires ne peuvent qu'être profitables.  Les occupants actuels de la place abandonnée par l'ex-gauche, qui prétendent même être les véritables propriétaires auxquels fut restitué ce qui leur a été accidentellement pris, reproduisent le genre du nihilisme dévastateur qui a mené à la chute désastreuse des mouvements qui prétendaient à la réalisation des idées de justice et de progrès. Et comme par coïncidence le fameux « R » qui distingue les deux mots révolution et évolution cause quelques difficultés à certains de ces néoanti-impérialistes.

Date: 28/04/2010
Auteur: Jihad CHAMAS
Journal: L'orient Le Jour
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